samedi 26 juin 2010
Freud – Le moi et le ça
« Etre normal c’est aimer et travailler » Sigmund Freud
Retour à Freud donc. Parce qu’à part Lapsus Révélateur, Complexe d’Œdipe, Castration, Inquiétante étrangeté,l’ Interprétation des Rêves le Refoulé et la Sublimation que sait t’on de Freud. Que sait-on d’un savoir lorsqu’il bascule dans le monde commun ? A peu près rien ? Et ce que l’on en connait, pourquoi l’avons-nous retenu ? Pour en parler, pour se structurer, pour s’en moquer ? Sommes-nous envahis par des Théories dont nous avons oublié la substance ? Bref que faisons nous des savoirs du monde ? Hum, des parois verglacés…
Le moi et le ça, 1923, livre qui synthétise le deuxième topique de Sigmund, son deuxième système (l’inconscient, le préconscient, le conscient deviennent le ça, le moi, le surmoi).
1) « la psychanalyse se refuse à considérer la conscience comme formant l’essence même de la vie psychique, mais voit dans la conscience une simple qualité de celle-ci, pouvant coexister avec d’autres qualités ou faire défaut. »
Ok, donc la psychanalyse, science qui relativise la conscience, phénomène comme un autre du cerveau. Pas vraiment nouveau, chez Schopie et chez Nietzschou, la conscience de l’Homme n’est pas vraiment maître chez elle, et puis chez Homère il y a tout de même des Dieux qui apparaissent et dont la voix retentit dans le cerveau des Héros. Mais Freud systématise tout ça, l’homme croire vivre au sein de sa conscience, mais en vérité il y habite partiellement, il est parasité par lui-même, par un lui-même qu’il ne voit même pas.
2) Être conscient » est avant tout une expression purement descriptive et se rapporte à la perception la plus immédiate et la plus certaine. Mais l’expérience nous montre qu’un élément psychique, une représentation par exemple, n’est jamais conscient d’une façon permanente. Ce qui caractérise plutôt les éléments psychiques, c’est la disparition rapide de leur état conscient. Une représentation, consciente à un moment donné, ne l’est plus au moment suivant, mais peut le redevenir dans certaines conditions, faciles à réaliser. Dans l’intervalle, nous ignorons ce qu’elle est; nous pouvons dire qu’elle est latente, entendant par là qu’elle est capable à tout instant de devenir consciente.
Nous vivons dans nos perceptions qui s’évanouissent toutes instantanément. Elle disparaissent dans ce qui pourrait être la mémoire, et sont susceptibles, avec ou sans madeleine, de réapparaitre à tous moments.
3) À l’état dans lequel se trouvent ces représentations, avant qu’elles soient amenées à la conscience, nous avons donné le nom de refoulement; et quant à la force qui produit et maintient le refoulement, nous disons que nous la ressentons, pendant le travail analytique, sous la forme d’une résistance.
Le refoulement c’est donc ce travail de disparition des perceptions. Travail nécessaire, je ne me vois pas vivre dans des milliers d’impressions superposées.
Mais lorsque ces perceptions sont bloquées dans l’inconscient, il y a résistance, comme si le maitre ne voulait pas libérer ses esclaves.
4) Ce qui est refoulé, est pour nous le prototype de l’inconscient. Nous savons cependant qu’il existe deux variétés d’inconscient : les faits psychiques latents, mais susceptibles de devenir conscients, et les faits psychiques refoulés qui, comme tels et livrés à eux-mêmes, sont incapables d’arriver à la conscience
Le lieu, le gardien de nos perceptions est bien l’Inconscient. Le lac où s’engouffre nos idées, nos impressions, nos sensations. Certains de ces souvenirs remontent à la surface de la conscience sans souci, d’autres restent pudiquement enfouis.
5) Aussi disons-nous que les faits psychiques latents, c’est-à-dire inconscients au sens descriptif, mais non dynamique, du mot, sont des faits préconscients, et nous réservons le nom d’inconscients aux faits psychiques refoulés, c’est-à-dire dynamiquement inconscients. Nous sommes ainsi en possession de trois termes : conscient, préconscient et inconscient, dont la signification n’est plus purement descriptive.
Conscient = Ce que nous ressontons en direct de la vie.
Préconscient= Mémoire à laquelle nous avons accès facilement
Inconscient= Lieu difficilement accessible d’enfouissement de notre vécu.
6) Nous nous représentons les processus psychiques d’une personne comme formant une organisation cohérente et nous disons que cette organisation cohérente constitue le Moi de la personne. C’est à ce Moi, prétendons-nous, que se rattache la conscience, c’est lui qui contrôle et surveille les accès vers la motilité, c’est-à-dire l’extériorisation des excitations
Moi= Instance de la conscience, qui valide notre rapport au monde extérieur.
Or, tout notre savoir est toujours lié à la conscience. Nous ne pouvons connaître l’inconscient lui-même qu’en le rendant conscient. Mais, halte-là : comment cela est-il possible? Que signifie : « rendre quelque chose conscient ? » Comment s’y prend-on pour obtenir ce résultat ?
7) Si, pour en revenir à notre sujet, telle est la voie qui conduit de l’inconscient au préconscient, la question : « Comment pouvons-nous amener à la (pré) conscience des éléments refoulés? » reçoit la réponse suivante : « En rétablissant par le travail analytique ces membres intermédiaires préconscients que sont les souvenirs verbaux ». C’est ainsi que la conscience reste à sa place, de même que l’inconscient n’a pas besoin de quitter la sienne pour aller rejoindre la conscience.
Entre la conscience et l’inconscient il y a cette douane du préconscient. Pour faire remonter les idées, souvenirs enfouis dans l’inconscient, il faut parler, écrire, dialoguer, faire des associations d’idées, verbaliser, afin que l’inconscient soit fouillé, que sa vase soit bougée, que sa tourbe se déhanche, afin que les mots enterrés remontent progressivement dans le préconscient où ils pourront être péché.
Nous voilà tout à fait fixés sur le rôle des représentations verbales. Par leur intermédiaire, les processus intellectuels internes deviennent des perceptions. On dirait qu’elles ne sont là que pour servir de preuve à la proposition : toute connaissance provient de la perception externe. Lorsque la pensée est en état de surcharge, les idées sont réellement perçues comme venant du dehors et, pour cette raison, considérées comme vraies.
Les idées sont en fait des sensations, mais non venus de l’extérieur, par nos sens, mais de l’intérieur, grace au préconscient, qui mixe tout ce que nous avons vécu, pensé, ressenti, dans des associations de langage, et qui a un pied dans l’inconscient pour draguer ce qu’il y a en nous d’inconnu. Le verbe est une sensation de l’intérieur.
9) La perception est au Moi ce que l’instinct ou l’impulsion instinctive sont au Ça. Le Moi représente ce qu’on appelle la raison et la sagesse, le Ça, au contraire, est dominé par les passions.
Tout est dit.
10) Dans ses rapports avec le Ça, on peut le comparer au cavalier chargé de maîtriser a force supérieure du cheval, à la différence près que le cavalier domine le cheval par ses propres forces, tandis que le Moi le fait avec des forces d’emprunt. Cette comparaison peut être poussée un peu plus loin. De même qu’au cavalier, s’il ne veut pas se séparer du cheval, il ne reste souvent qu’à le conduire là où il veut aller, de même le Moi traduit généralement en action la volonté du Ça comme si elle était sa propre volonté.
Le vrai moteur de l’homme c’est le Ca, dont l’énergie pulsionnelle motive nos gestes en entier. Le moi ne fait que valider nos désirs les plus profonds, en les rendant plus ou moins raisonnable. Mais il n’est en aucun cas celui qui commande, plus une fonction d’oblitération.
11) Pour en revenir à notre échelle de valeurs, nous pouvons donc dire : ce n’est pas seulement ce qu’il y a de plus profond en nous qui peut être inconscient, mais aussi ce qu’il y a de plus élevé. Nous avons là comme une nouvelle démonstration de ce que nous avons dit plus haut au sujet du Moi conscient, à savoir qu’il ne représente que notre corps.
Le moi c’est les sensations du corps, vécus et notre mobilité, c’est l’architecture extérieure. La façade. Mais ce qu’il y a de plus profond est enfoui, même nos désirs d’élévation, de religion. Et l’inconscient pense aussi, indépendamment, comme lorsque l’on s’endort avec une énigme et que l’on se réveille avec sa solution.
12) Nous plaçant à un autre point de vue, nous pouvons dire que cette substitution d’un changement du Moi au choix d’un objet érotique constitue un moyen dont se sert le Moi pour gagner les faveurs du Ça et approfondir ses rapports avec lui, en faisant preuve d’une extraordinaire souplesse, d’une grande susceptibilité à tout ce qui se passe dans le Ça. Lorsque le Moi revêt les traits de l’objet, il semble chercher à s’imposer à l’amour du Ça, à le consoler de sa perte ; c’est comme s’il lui disait : « Regarde, tu peux m’aimer : je ressemble tellement à l’objet ».
La transformation, à laquelle nous assistons ici, de l’attitude libidineuse à l’égard de l’objet en une libido narcissique, implique évidemment le renoncement aux buts purement sexuels, une désexualisation, donc une sorte de sublimation. A ce propos, il est même permis de se poser une question qui mérite une discussion détaillée, celle de savoir si nous ne nous trouvons pas ici en présence du moyen de sublimation le plus général, si toute sublimation ne s’effectue pas par l’intermédiaire du Moi transformant la libido sexuelle dirigée vers l’objet en une libido narcissique et posant à celle-ci des buts différents
La Ca est pulsion érotique, de désir. Mais il est impossible de tout obtenir. Il est même parfois interdit de désirer certaines choses ou personnes. Alors comme consolation le Moi revet les vêtement de la chose désirée, par exemple la maman, ou cette rock star adulé, le moi veut devenir celui que le Ca désire. Si le processus fonctionne trop bien, la Ca ne désire plus que ce Moi travesti, c’est le Narcissisme le plus total.
13) Ceci nous ramène à la naissance de l’idéal du Moi, car derrière cet idéal se dissimule la première et la plus importante identification qui ait été effectuée par l’individu : celle avec le père de sa préhistoire personnelle
La première personne que le Moi va imiter c’est le père. Car l’enfant désire sa mère, qui elle désire le père. Pour être désiré de sa mère, l’enfant va alors singer le père. Qui devient le Moi idéal, celui qu’il faudrait être.
14) En ce qui concerne l’enfant de sexe mâle, le cas, réduit à sa plus simple expression, se présente ainsi ; de bonne heure, l’enfant concentre sa libido sur sa mère, et cette concentration a pour point de départ le sein maternel et représente un cas typique de choix d’objet par contact intime ; quant au père, l’enfant s’assure une emprise sur lui à la faveur de l’identification. Ces deux attitudes coexistent pendant quelque temps, jusqu’à ce que les désirs sexuels à l’égard de la mère ayant subi un renforcement et l’enfant s’étant aperçu que le père constitue un obstacle à la réalisation de ces désirs, on voie naître le Complexe d’Oedipe . L’identification avec le père devient alors un caractère d’hostilité, engendre le désir d’éliminer le père et de le remplacer auprès de la mère. A partir de ce moment, l’attitude à l’égard du père devient ambivalente; on dirait que l’ambivalence, qui était dès l’origine impliquée dans l’identification, devient manifeste. Cet ambivalence à l’égard du père et le penchant tout de tendresse qu’il éprouve pour l’objet libidinal que représente pour lui la mère forment pour le petit garçon les éléments du Complexe d’Oedipe simple et positif.
Lors de la destruction du Complexe d’Oedipe, l’enfant est obligé de renoncer à prendre la mère pour objet libidinal. Deux éventualités peuvent alors se produire : ou une identification avec la mère, ou un renforcement de l’identification avec le père. C’est cette dernière éventualité que nous considérons généralement comme normale ; elle permet à l’enfant de conserver, jusqu’à un certain degré, l’attitude de tendresse à l’égard de la mère. A la suite de la disparition du Complexe d’Oedipe, la partie masculine du caractère du petit garçon se trouverait ainsi consolidée. De même, la petite fille peut être amenée, à la suite de la destruction du Complexe d’Oedipe, à s’identifier avec la mère (et si cette identification existait déjà, elle subit un renforcement), ce qui a pour effet l’affermissement de la partie féminine de son caractère.
Le complexe d’Œdipe c’est ce jeu de désir/répulsion pour le père/mère qui deviendront alors plus ou moins des moi idéaux. Des Sur-Moi.
15) Ce Sur-Moi n’est cependant pas un simple résidu des premiers choix d’objets par le Ça ; il a également la signification d’une formation destinée à réagir énergiquement contre ces choix. Ses rapports avec le Moi ne se bornent pas à lui adresser le conseil : « sois ainsi » (comme ton père), mais ils impliquent aussi l’interdiction « ne sois pas ainsi » (comme ton père) ; autrement dit : ne fais pas tout ce qu’il fait ; beaucoup de choses lui sont réservées, à lui seul ». Ce double aspect du Moi idéal découle du fait qu’il a mis tout ses efforts à refouler le Complexe d’Oedipe et qu’il n’est né qu’à la suite de ce refoulement. Il est évident que refouler le Complexe d’Oedipe ne devait pas être une tâche très facile. S’étant rendu compte que les parents, surtout le père, constituaient un obstacle à la réalisation des désirs en rapport avec le Complexe d’Oedipe, le Moi infantile, pour se faciliter cet effort de refoulement, pour augmenter ses ressources et son pouvoir d’action en vue de cet effort, dressa en lui-même l’obstacle en question. C’est au père que, dans une certaine mesure, il emprunta la force nécessaire à cet effet, et cet emprunt constitue un acte lourd de conséquences. Le Sur-Moi s’efforcera de reproduire et de conserver le caractère du père, et plus le Complexe d’Oedipe sera fort, plus vite (sous l’influence de l’enseignement religieux, de l’autorité, de l’instruction, des lectures) s’en effectuera le refoulement, plus forte sera aussi la rigueur avec laquelle le Sur-Moi régnera sur le Moi, en tant qu’incarnation des scrupules de conscience, peut-être aussi d’un sentiment de culpabilité inconscient
C’est ainsi que nous avons dit à plusieurs reprises que le Moi est formé en grande partie d’identifications, lesquelles proviennent de fixations érotiques détournées du Ça, que les premières de ces identifications se comportent toujours dans le Moi comme une instance particulière, en s’opposant au Moi en qualité de SurMoi, et que le Moi lui-même, à mesure qu’il gagne en force et en cohésion, devient plus tard capable de résister davantage aux influences exercées par ces identifications. Le Sur-Moi doit la place qu’il occupe dans le Moi, ou, si l’on veut, l’attitude qu’il observe à l’égard du Moi, à un facteur qui présente une double importance et doit, par conséquent, être apprécié à un double point de vue en premier lieu, il représente la première identification qui s’est produite, alors que le Moi était encore faible en deuxième lieu, il est l’héritier du complexe d’Oedipe et, comme tel, il a introduit dans le Moi les objets les plus appréciés.
Tout en restant accessible à toutes les influences ultérieures, il n’en garde pas moins toute la vie durant le caractère qu’il doit à ses origines remontant au complexe, c’est-à-dire le pouvoir de s’opposer au Moi et de le dominer. Il représente la trace durable de la faiblesse et de la dépendance anciennes du Moi et manifeste sa prédominance, alors même que celui-ci a déjà atteint sa pleine maturité. De même que l’enfant se trouve contraint d’obéir à ses parents, le Moi se soumet à l’impératif catégorique du Sur-Moi.
Le Sur-Moi nait dans la résolution du complexe d’Œdipe. Pour que le Ca se détourne de la mère, le Moi prend les attraits du père. Mais comme celui-ci est à la fois objet de désir (il est celui que la mère aime) et de répulsion (il est celui qui empêche que la mère nous aime) , il se crée un Moi-Idéal compliqué fait de règles alambiqués. Il faut être ainsi, il ne faut pas être ainsi. Cet instance va devenir le Sur-Moi, qui domine le Moi, lui donne ses obligations, le forge, l’habille de vêtement qu’il n’a pas choisi de porter. Mais le Sur-moi est celui aussi qui motive, force à l’élévation. C’est un personnage bien ambigu, un type qui doit porter la barbe.
16) Mais à présent que nous avons abordé l’analyse du Moi, nous pouvons répondre à tous ceux qui, ébranlés dans leur conscience morale, nous objectaient qu’il devait bien y avoir dans l’homme une essence supérieure : certes, et cette essence supérieure n’est autre que le Moi idéal, le Sur-Moi, dans lequel se résument nos rapports avec les parents. Petits enfants, nous avons connu ces êtres supérieurs qu’étaient pour nous nos parents, nous les avons admirés, craints et, plus tard, assimilés, intégrés à nous-mêmes.
Le Moi idéal représente ainsi l’héritage du Complexe d’Oedipe et, par conséquent, l’expression des tendances les plus puissantes, des destinées libidinales les plus importantes, du Ça. Par son intermédiaire, le Moi s’est rendu maître du Complexe d’Oedipe et s’est soumis en même temps au Ça. Alors que le Moi représente essentiellement le inonde extérieur, la réalité, le Sur-Moi s’oppose à lui, en tant que chargé des pouvoirs du monde intérieur, du Ça. Et nous devons nous attendre à ce que les conflits entre le Moi et l’idéal reflètent, en dernière analyse, l’opposition qui existe entre le monde extérieur et le monde psychique.
Le cerveau comme zone de conflit. Si le Moi a pu détourner le Ca grâce au Surmoi pendant le complexe d’Oedipe, il se retrouve désormais avec deux maitres, un bien officiel, le Surmoi, et un autre, dans l’ombre, le Ca.
17) Il est facile de montrer que le Moi idéal satisfait à toutes les conditions auxquelles doit satisfaire l’essence supérieure de l’homme. En tant que formation substitutive de la passion pour le père, il contient le germe d’où sont nées toutes les religions. En mesurant la distance qui sépare son Moi du Moi idéal, l’homme éprouve ce sentiment d’humilité religieuse qui fait partie intégrante de toute foi ardente et passionnée.
La religion, la morale, le sentiment social, ces trois éléments fondamentaux de l’essence la plus élevée de l’homme , ne formaient au début qu’un tout indivisible.
Le Surmoi comme coup de pied au cul de l’amoralité.
18) Étant donné le mode de formation du Sur-Moi, on comprend que les anciens conflits qui ont eu lieu entre le Moi et les objets de concentration libidinale du Ça se prolongent en conflits se déroulant cette fois entre le Moi et l’héritier du Ça, c’est-à-dire le Sur-Moi. Lorsque le Moi n’a pas réussi à surmonter d’une façon satisfaisante le Complexe d’Oedipe, la concentration énergétique qu’il avait puisée dans le Ça se manifestera de nouveau dans la formation réactionnelle, représentée par le Moi idéal. Le fait que le Moi idéal communique largement avec les impulsions instinctives inconscientes est de nature à nous expliquer ce phénomène en apparence énigmatique que le Moi idéal reste lui-même en grande partie inconscient, inaccessible au Moi.
Le Moi idéal est en vérité une effigie proposé au Ca pour le calmer un peu dans ses ardeurs. Ainsi il n’est pas simple de le décrire, car cela reviendrait à comprendre nos désirs les plus profonds.
19) J’estime notamment qu’il faut admettre l’existence de deux variétés d’instincts, dont l’une, formée par les instincts sexuels (Eros), est de beaucoup la plus évidente et la plus accessible à notre connaissance. Cette variété comprend non seulement l’instinct sexuel proprement dit, soustrait à toute inhibition, ainsi que les tendances, inhibées dans leur but et sublimées, qui en dérivent, mais aussi l’instinct de conservation que nous devons attribuer au Moi et qu’au début de notre travail analytique nous avons, pour de bonnes raisons, opposé aux tendances sexuelles orientées vers des objets.
L’instinct sexuel, Eros, peut être direct, corporel ou médiatisé dans la sublimation. Mais c’est aussi un instinct de vie qui vise à la conservation de notre être.
20) Nous basant sur des raisons théoriques appliquées à la biologie, nous avons admis l’existence d’un instinct de mort, ayant pour fonction de ramener tout ce qui est doué de vie organique à l’état inanimé, tandis que le but poursuivi par Eros consiste à compliquer la vie et, naturellement, à la maintenir et à la conserver, en intégrant à la substance vivante divisée et dissociée un nombre de plus en plus grand de ses particules détachées. Les deux instincts, aussi bien l’instinct sexuel que l’instinct de mort, se comportent comme des instincts de conservation, au sens le plus strict du mot, puisqu’ils tendent l’un et l’autre à rétablir un état qui a été troublé par l’apparition de la vie. L’apparition de la vie serait donc la cause aussi bien de la prolongation de la vie que de l’aspiration à la mort, et la vie elle-même apparaîtrait comme une lutte ou un compromis entre ces deux tendances. La question des origines de la vie resterait une question d’ordre cosmologique qui, au point de vue du but et de l’intention poursuivis par la vie, comporterait une réponse dualiste.
Où l’on apprend que l’instinct de mort n’est pas pulsion vers le suicide, mais une forme de retour vers l’inanimé, le non-vivant. La mémoire du caillou en somme. La volonté de revenir à la cool en poussière.
21) Il me paraît plausible d’admettre que cette énergie, qui anime le Moi et le Ça, énergie indifférente et susceptible de déplacements, provient de la réserve de libido narcissique, c’est-à-dire qu’elle représente une libido (Eros) désexualisée. Les penchants érotiques, en effet, nous apparaissent, d’une façon générale, plus plastiques, plus susceptibles de dérivation et de déplacement que les tendances destructives. On peut poursuivre cette hypothèse, en supposant que cette libido, susceptible de déplacement, travaille au service du principe du plaisir, en prévenant les arrêts et stagnations et en facilitant les décharges. A ce propos, l’issue par laquelle s’effectue cette décharge, à supposer qu’elle s’effectue, paraît dans une certaine mesure indifférente. Nous savons déjà que cette particularité est caractéristique des processus de concentration qui s’accomplissent dans le Ça. On l’observe dans les concentrations érotiques qui se portent sur un objet quelconque, sans préférence ou prédilection aucune ; et on l’observe également au cours de l’analyse dans les transferts qui s’effectuent coûte que coûte, quelle que soit la personne qui puisse en bénéficier.
Le carburant de tout ça est la Libido, une énergie désexualisée. Elle se transforme et devient érotique selon les tourments du Ca. Cette énérgie fossile est au service du principe de plaisir, et se décharge comme un éclair dans la jouissance, physique ou mentale. Elle serait née dans le complexe d’oedipe, lorsque l’amour de la mère a été détourné au profit du Moi, grace à l’instance du Sur-moi.
22) Ces considérations sont de nature à imprimer à la théorie du narcissisme une modification importante. A l’origine, toute la libido se trouve accumulée dans le Ça, alors que le Moi est encore en voie de formation ou à peine formé. Le Ça utilise une partie de sa libido en fixations érotiques sur des objets, tandis que le Moi, à mesure qu’il se développe et se fortifie, cherche à attirer sur lui cette libido orientée vers les objets et à s’imposer au Ça comme seul objet d’attachement érotique. C’est ainsi que le narcissisme du Moi est un narcissisme secondaire, dérobé aux objets.
La même chose en plus clair.
23) D’Eros et de la lutte contre Eros! Il paraît tout à fait vraisemblable que le principe du plaisir sert au Ça de boussole dans la lutte contre la libido dont l’intervention trouble le cours de la vie. Si la vie est dominée par le principe de la constance tel que le concevait Fechner, ce qui signifie que la vie constitue un acheminement vers la mort, ce sont les exigences d’Eros, c’est-à-dire des instincts sexuels, qui empêchent une baisse de niveau et introduisant de nouvelles tensions. Guidé par le principe du plaisir, c’est-à-dire par la perception du déplaisir, le Ça se défend contre ces nouvelles tensions par différents moyens. En premier lieu, en s’adaptant aussi rapidement que possible aux exigences de la libido non désexualisée, c’est-à-dire en cherchant à satisfaire les tendances directement sexuelles. En deuxième lieu, et cela d’une façon beaucoup plus efficace, en se débarrassant, au cours d’une de ces satisfactions, qui fait taire toutes les exigences partielles, des substances sexuelles, ces porteurs saturés des tensions érotiques. L’élimination de la substance sexuelle au cours de l’acte sexuel correspond, dans une certaine mesure, à la séparation entre le soma et le plasma germinatif. C’est pourquoi l’état qui suit la satisfaction sexuelle complète ressemble à la mort, et c’est pourquoi chez les animaux inférieurs la mort suit immédiatement la procréation. Ces êtres meurent après avoir procréé, parce qu’après l’élimination d’Eros à la faveur de la satisfaction, la mort recouvre sa liberté d’action et ne rencontre pas d’obstacles à la réalisation de ses desseins. Ajoutons enfin (fait que nous connaissons déjà) que le Moi facilite au Ça cette lutte contre la libido, en sublimant une partie de celle-ci pour lui-même et en vue des buts qu’il poursuit.
Le sperme comme décharge érotique laisse le corps à sont état de conservation, proche de l’inanimé, nous voilà bien cailloux, lol !
24) En se plaçant au point de vue de la restriction des instincts, de la moralité, on peut dire : le Ça est tout à fait amoral, le Moi s’efforce d’être moral, le Sur-Moi peut devenir hypermoral et, en même temps, aussi cruel que le Ça. C’est un fait remarquable que moins l’homme devient aggressif par rapport à l’extérieur, plus il devient sévère, c’est-à-dire aggressif dans son Moi idéal. D’après la logique courante, c’est le contraire qui devrait se produire ; elle voit dans l’exigence du Moi idéal une raison justifiant plutôt le renoncement à l’agression. Le fait reste cependant tel que nous l’avons énoncé . plus un homme maîtrise son aggressivité, plus son idéal devient agressif contre son Moi. On dirait un déplacement, une orientation vers le Moi. Déjà la morale courante, normale porte le caractère d’un code plein de sévères restrictions, de cruelles prohibitions. C’est d’ailleurs de là que vient la conception de l’être supérieur, impitoyable dans les châtiments qu’il inflige
Voilà pourquoi les tueurs en séries ont des comportements bien dictatoriaux vis-à-vis d’eux même et se coupent les ongles jusqu’au sang et que Hitler avait une moustache bien taillée.
25) Nos idées concernant le Moi commencent à s’éclaircir et ses différents rapports commencent à nous apparaître avec plus de netteté. Nous connaissons maintenant le Moi dans toute sa force et avec toutes ses faiblesses. Il est chargé de fonctions importantes ; grâce à ses rapports avec le monde de la perception, il règle la succession des processus psychiques dans le temps et les soumet à l’épreuve de la réalité. En faisant intervenir les processus intellectuels, il obtient un ajournement des décharges motrices et contrôle les avenues qui conduisent à la motilité. Cette dernière fonction est cependant plus formelle qu’effective, le Moi jouant à l’égard de l’action le rôle d’un monarque constitutionnel dont la sanction est requise pour qu’une loi puisse entrer en vigueur, mais qui hésite et réfléchit beaucoup, avant d’opposer son veto à un vote du Parlement. Le Moi s’enrichit à la suite de toutes les expériences qu’il reçoit du dehors ; mais le Ça constitue son autre mode extérieur, qu’il cherche à soumettre à son pouvoir. Il soustrait au Ça le plus possible de sa libido, transforme les objets de fixation libidineuse du Ça en autant d’avatars du Moi. Avec l’aide du Sur-Moi, il puise, d’une façon qui reste pour nous encore obscure, dans les expériences préhistoriques accumulées dans le Ça.
Le contenu du Ça peut pénétrer dans le Moi, en suivant deux voies différentes. La première voie est directe, la seconde passe par le Moi idéal, l’une et l’autre déterminant d’une manière décisive la nature de certaines activités psychiques. L’évolution du Moi va de la perception instinctive à la domination des instincts, de l’obéissance aux instincts à l’inhibition des instincts. Or, le Moi idéal, qui constitue en partie une formation réactionnelle contre les processus instinctifs du Ça, contribue puissamment à cette évolution. La psychanalyse est un procédé qui facilite au Moi la conquête progressive du Ça. Mais, d’autre part, le même Moi nous apparaît comme une pauvre créature soumise à une triple servitude et vivant, de ce fait, sous la menace d’un triple danger : le monde extérieur, la libido du Ça et la sévérité du Sur-Moi. Trois variétés d’angoisse correspondent à ces trois dangers, car l’angoisse est l’expression d’un recul devant un danger. Situé entre le Ça et le monde extérieur, le Moi cherche à les concilier, en rendant le Ça adaptable au monde et, grâce à ses actions musculaires, en adaptant le monde aux exigences du Ça. Il n’est pas seulement l’auxiliaire du Ça : il est aussi son esclave soumis qui cherche à gagner l’amour de son maître. Il s’efforce, autant que possible, à rester en bonne entente avec le soi, en illustrant les commandements inconscients de celui-ci par ses propres rationalisations conscientes, en donnant l’illusion que le Ça se conforme aux avertissements de la réalité, alors même que celui-ci persiste dans sa rigidité et dans son refus de se plier aux exigences de la vie réelle, en amortissant les conflits qui surgissent entre le Ça d’une part, la réalité et le Sur-Moi, d’autre part. Étant donnée la situation intermédiaire qu’il occupe entre le Ça et la réalité, il ne succombe que trop souvent à la tentation de se montrer servile, opportuniste, faux, à l’exemple de l’homme d’État qui, tout en sachant à quoi s’en tenir dans certaines circonstances, n’en fait pas moins un accroc à ses idées, uniquement pour conserver la faveur de l’opinion publique.
En Guise de Synthèse
26) Le Moi peut être considéré comme un véritable réservoir d’angoisse. Menacé par trois dangers, il développe en lui le réflexe de la fuite, à la faveur duquel il retire son attachement érotique à la perception grosse de menaces ou au processus qui, s’accomplissant dans le Ça, présente à ses yeux le même caractère, pour l’exprimer sous la forme de l’angoisse. Cette réaction primitive cède plus tard la place à des fixations de défense (mécanisme des phobies). Il est difficile de dire exactement ce que le Moi peut avoir à craindre du danger extérieur ou du danger en rapport avec la libido du Ça; ou plutôt nous savons qu’il craint d’être asservi ou anéanti, mais l’analyse ne nous apprend rien sur ce point. Le Moi suit tout simplement l’avertissement qui lui vient du principe du plaisir. Nous pouvons dire, en revanche, d’une façon précise, ce qui se cache derrière l’angoisse que le Moi éprouve devant le Sur-Moi, c’est-à-dire derrière l’angoisse provoquée par les scrupules de conscience. L’être supérieur, qui est devenu l’idéal du Moi, représentait autrefois la menace de castration, et il est probable que cette angoisse de castration constitue le noyau autour duquel s’est déposée plus tard l’angoisse, en rapport avec les scrupules de conscience : on peut même aller jusqu’à dire que les scrupules de conscience angoissants représentent une forme plus avancée de l’angoisse de castration.
En fait nous n’avons peur que de nous même, c’est assez rassurant dans un sens. Parce que je sais que je ne suis pas si effrayant et que je peux me domestiquer, même avec difficulté.
27) L’angoisse de mort qui accompagne la mélancolie ne se prête qu’à une seule explication : le Moi se sacrifie, parce qu’il se sent haï et persécuté, au lieu d’être aimé, par le Sur-Moi. C’est ainsi que, pour le Moi, vivre équivaut à être aimé par le Sur-Moi qui, ici encore, représente le Ça. Le Sur-Moi remplit la même fonction de protection et de salut que le père, la providence ou, plus tard, le sort. Mais la même attitude s’impose au Moi, lorsqu’il se trouve dans un danger réel particulièrement grave, auquel il ne croit pas pouvoir parer par ses propres moyens. Il se voit alors abandonné par toutes les puissances protectrices et se laisse mourir. Situation analogue à celle qui peut-être considérée comme la source du premier état d’angoisse qu’éprouve l’enfant à la suite de sa séparation nostalgique d’avec la mère, comme formant la raison profonde de la nostalgie angoissante de la période infantile.