Un film de rêve(s) intitulé «Inception» Thierry Jobin

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Un film de rêve(s) intitulé «Inception»

Arthur (Joseph Gordon-Lewitt) et Dom Cobb (Leonardo DiCaprio). (Warner)

Arthur (Joseph Gordon-Lewitt) et Dom Cobb (Leonardo  DiCaprio). (Warner)

Après son épatant «Batman – Le Chevalier noir», Christopher Nolan dirige Leonardo DiCaprio dans un pur chef-d’œuvre onirique à la beauté faramineuse

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Son actuel succès critique et commercial planétaire vaut à Inception mille comparaisons. Mais celles-ci ne remontent guère au-delà de Matrix, c’est-à-dire en 1999 seulement. Il y a pourtant lieu, devant le stupéfiant chef-d’œuvre que Christopher Nolan livre aujourd’hui, d’aller beaucoup plus loin que ce modèle déjà largement éventé, en 2003, par le n’importe quoi de ses deux suites, Matrix Reloaded et Matrix Revolution. Le nouveau film du réalisateur de Memento (2000) et Batman – Le Chevalier noir (2008) invite en effet à retourner aux origines du cinéma; à rappeler que sa naissance, en 1895, fut – est-ce un hasard? – contemporaine avec les premières auto-analyses de Freud.

Christopher Nolan a en effet écrit et réalisé, seul, un prolongement visuel, en utilisant les dernières technologies numériques avec une cohérence et une intelligence rarissimes, à L’Interprétation des rêves publié par l’auguste Sigmund en 1899. Un film qui illustre aussi avec une beauté faramineuse la fameuse réflexion de Jean Cocteau: «La pellicule est un ruban de rêve.»

Pour faire passer la pilule dans le Hollywood frileux de 2010 et décrocher 200 millions de dollars, Nolan articule sa démonstration magistrale autour d’une mission périlleuse: comment Dom Cobb (Leonardo DiCaprio), espion industriel dont l’activité consiste à extirper des informations à ses victimes durant leur sommeil en s’introduisant dans leurs rêves (extraction), va-t-il pouvoir, cette fois, procéder à l’inverse, à une inception, c’est-à-dire implanter une idée dans l’esprit d’un héritier de multinationale (Cillian Murphy), une idée qui lui intimera l’envie de détruire l’empire économique laissé par son père?

Sous cette couche superficielle, exécutée avec maestria et surtout ce qu’il faut pour en mettre plein la vue aux clients des multiplexes, le cinéaste développe – autre rareté dans les superproductions actuelles – plusieurs discours qui s’entremêlent.

Premier niveau, d’une force dramatique imparable: le héros ne peut agir seul car ses propres rêves sont sans cesse parasités par le souvenir de son épouse décédée (Marion Cotillard) et celui de ses jeunes enfants dont il est privé, accusé qu’il est d’avoir tué leur mère. Il y a lieu, à ce propos, de saluer autant que d’interroger les choix de Leonardo DiCaprio qui, après Shutter Island de Martin Scorsese, excelle à livrer, dans ce type de matériau, sa propre part d’ombre.

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