
Pour le plus grand plaisir du spectateur, Christopher Nolan connaît l’art d’échapper au formatage qui caractérise la plupart des superproductions usinées à Hollywood, comme il l’a prouvé avec la sixième mouture des aventures de Batman («The Dark Knight», 2008), d’une noirceur et d’une ambiguïté revigorantes. Biographe retors du justicier masqué, ce réalisateur prodige d’origine britannique, qui va sur ses 40 ans, excelle encore davantage dans le genre du thriller psychique qui brouille à loisir les repères du spectateur, à l’exemple de «Memento» (2000) et du «Prestige» (2006), face à face haletant entre deux magiciens de la Belle Epoque rompus aux stratagèmes paranormaux.
Dès les premiers plans de «Inception» (un terme anglais qui définit les «débuts», le «commencement» d’une entreprise), le cinéphile ne manquera pas de faire la relation avec le récent «Shutter Island» (2010) de Martin Scorsese. Dans le rôle de Dom Cobb, espion d’un type inédit, Leonardo DiCaprio réapparaît sous un visage quasi identique: blafard, tourmenté, coupable. Le sixième long-métrage de Nolan procède effectivement de la même immersion mentale, en nous égarant à loisir dans l’encéphale convulsif de son protagoniste, jusqu’à rendre indiscernables les différents niveaux de perception. Pour mémoire, le philosophe du cinéma Gilles Deleuze qualifiait à raison ce genre d’œuvres de «films cerveaux». Autre parenté avec le dernier film de Scorsese, une biographie dramatique qui hante le «héros», engagé dans un travail de deuil interminable.
Recherché aux Etats-Unis, où on l’accuse d’avoir tué sa femme, Dom Cobb doit exercer à l’étranger ses talents particuliers dans le domaine de l’espionnage industriel. En mesure de pénétrer dans l’esprit de ses «victimes», Cobb a l’aptitude de créer des rêves que ses proies assoupies prennent pour la réalité. Faisant irruption dans cet univers chimérique, notre manipulateur a alors tout loisir de ravir leurs secrets les plus enfouis. Approché par un magnat japonais, Cobb accepte de circonvenir le subconscient du futur héritier d’un empire industriel, dans le noir dessein de ruiner son négoce avant qu’il n’en prenne possession. En cas de réussite, son commanditaire garantirait son immunité, ce qui lui permettrait de revoir enfin ses deux enfants restés en Amérique… N’en disons pas plus, sinon que l’auteur de «Insomnia» (2002) a réussi à créer un labyrinthe onirique sans précédent, sans avoir recours à la projection stéréoscopique, à l’image de cette séquence inouïe où Paris se plie littéralement au désir inconscient du personnage. /VAD
Réalisateur: Christopher Nolan
Genre: science-fiction, thriller
Durée: 2h28
Age: 14 ans, suggéré 16
Avec: Leonardo DiCaprio, Ellen Page
Cinémas: Neuchâtel, Rex;
La Chaux-de-Fonds, Eden
VINCENT ADATTE